dimanche 28 décembre 2008

Look, incoyables et meveilleuses.

Alors que l'année 2008 se termine sous les plus mauvais auspices financiers, une question look d'un usager va peut-être aider la Peltag à vous apporter une solution pour envisager sereinement la mode en temps de crise.

Les incroyables, les muscadins, les petits-maîtres, les inconcevables. Tel est l'avenir. En plus, c'est des mecs à mèche. Qu'en pense la PELTAG ?

"Présomptueux plus que la jeunesse ne l'est ordinairement ; (...) ayant inventé un jargon presque aussi ridicule que leur immense cravate qui semblait une demi-pièce de mousseline tournée autour d'eux, et par-dessus tout, fats et impertinents. En guerre avec le parti royaliste du club de Clichy, ils prirent un costume qui devait différer de tous points de celui des jeunes aristocrates : un très petit gilet, un habit avec deux grands pans en queue de morue, un pantalon dont j'aurais pu faire une robe, des petites bottes à la Souvarow, une cravate dans laquelle ils étaient enterrés ; ajoutons à cette toilette une petite canne en forme de massue, longue comme la moitié du bras, un lorgnon grand comme une soucoupe, des cheveux frisés en serpenteaux, qui leur cachaient les yeux et la moitié du visage, et vous aurez l'idée d'un incroyable de cette époque."

Cet usager de la mode interroge en fait la Peltag sur la pertinence du retour ou de la recommandation de la mode vestimentaire adoptée par certains jeunes gens fortunés à l'époque du Directoire alors que, au sortir de la Terreur, ils se jetèrent dans tous les plaisirs avec excès et adoptèrent un style excentrique et démesuré, ridicule pour certains, incroyable et merveilleux pour d'autres. En effet, ce sont ces deux derniers adjectifs qui servirent à qualifier cette jeunesse dorée de l'époque : ou plus exactement leur déclinaison sans R, car les 'Incoyables et les Meveilleuses' ne pouvaient souffrir cette lettre qui leur faisait trop penser à la Révolution, la Terreur ou la République (pour plus de détails, lire l'article de Wikipedia sur les Incroyables et les Merveilleuses).




La question de cet usager est loin d'être illégitime puisque ces incroyables et ces merveilleuses, qui ont en quelque sort créé l'esprit club en ouvrant des cercles de nuits fermés, ancêtres de nos boîtes de nuit, et en promouvant les premières it girls (Thérésa Tallien) et it boys (Barras), ne sont pas sans rappeler les fluokids d'une certaine époque, aujourd'hui sortis du fluo mais dont la mission d'animation de la nuit a été reprise par les clubbers lookés-décalés* qui manient avec brio et évidence certains codes incoyables, façon 21e siècle.

Quels sont donc les éléments à garder ou à jeter dans le vestiaire et l'esprit incroyables et merveilleux ?

DO

Les souliers pointus : les bouts pointus reviennent, il va falloir vous y faire. Si les chaussures des incroyables s'inspiraient des poulaines, il faudra compter avec le bout pointu coqué court qui, d'après les prévisions de la Peltag, fera son apparition à la rentrée de septembre 2009.

La disproportion de l'accessoire : maxi noeud dans les cheveux comme sur l'illustration ci-dessus, chapeau à la taille démesurée, on peut reprendre aux merveilleuses leur goût pour les accessoires oversize ; cette tendance n'a rien de nouveau, mais c'est un basique de l'accessoirisation qui marche toujours.

Le collant blanc : oui oui oui. Certes il n'est pas caractéristique des merveilleuses du Directoire mais le blanc et les couleurs chair l'étaient. Evoqué récemment dans ce courrier du lundi de Brain Magazine, le collant blanc est MEGA DO.

Les grandes lunettes : les grandes lunettes étaient un must du vestiaire incroyable, et les usagers de la mode n'ont pas attendu cet avis pour les adopter. Pour varier les plaisirs, passons à la version ronde, métallique, très grande qui changera un peu des montures noires de secrétaire lubrique des années 80. Pour les plus téméraires, tentez le grand monocle, toujours métallique et rond, géant, suspendu par une chaînette.

Le blond : c'était la couleur de cheveux favorite de l'époque. Et comme nous ne sommes pas encore sortis de l'ère blond bébé à la Agyness, il est encore temps de l'adopter.

L'outrance : dans le look, préoccupation constante ; dans la fête, seule activité légitime ; dans la radicalité, attitude complètement assumée.

DON'T

Les oreilles de chien : on appelait ainsi les grandes tresses nouées et pendantes autour des oreilles portées par les hommes à la façon des oreilles des chiens.

La redingote : pièce centrale de la garde-robe incroyable ; sauf cas rares relevant du risque look calculé, elle est prohibée par la Peltag.

La transparence en total look : plébiscitée par les merveilleuses qui y voyaient un signe de libération et une affirmation de leur féminité exposée et retrouvée, les étoffes transparentes étaient très prisées ; aujourd'hui acceptable en touche (et sous certaines conditions car les enjeux de la transparence -quoi porter en dessous- sont difficiles à maîtriser) le total look voile nude est interdit.

La perruque blonde : la couleur oui, le fake, non.

La maladie feinte : les incroyables aimaient se faire passer pour bossu en mettant des redingotes rembourrées ; cette attitude très peu handifriendly est complètement prohibée par la Peltag.

La réaction : les incroyables et les merveilleuses étaient sans aucun doute des maîtres du look qui savaient faire la fête, mais ils n'en restaient pas moins des anti-républicains virulents et oisifs sans aucun second degré. En cela, on pourra volontiers copier leur façon de se vêtir, moins leur façon de penser.

La Peltag prie l'usager de la mode ayant posé cette question de l'excuser pour le délai de son traitement et espère que la réponse sera à la hauteur de ses attentes.


* looké-décalé : une des 35 catégories d'usagers de la mode définie par Géraldine de Margerie dans son ouvrage Sans titre (titre provisoire) à paraître en octobre 2009 chez Robert Laffont, featuring un pseudo manifeste de la Peltag sur la définition des individus sensibles et les taux de récupérabilité de chaque catégorie d'usagers. Disponible dans toutes les bonnes librairies. Le looké décalé, en gros, a une garde-robe qui mélange basiques chics et clin d'œil subtils drôles, cheap de friperie 90's et chic de créateurs 00's.

4 commentaires:

Sam a dit…

En même temps c'était prévisible. Je m'explique.
Crise économique, deux cas de figure:
-On s'habille de façon morne, on limite la dépense, on ne fait pas d'exces, c'est la crise.
-Ou, au contraire, on part dans la débauche vestimentaire.

Et comme les gens préfèrent toujours voir les choses du bon côté, la mode ira de plus en plus vers un look Grand Siècle, on le voit déjà ces temps-ci avec le grand retour de la plume, qui vient donc s'ajouter aux paillettes, soieries et autres sequins qu'on connaissait déjà.

Mirlaine a dit…

Fichtre ! Je n'avais pas été fouiner du côté de la Peltag (et pourtant j'avais déjà entendu parler de cette police du look) pour écrire le post sur les incroyables. Je pensais même tenir un scoop ! Ces jeunes débraillés du 18e me fascinent depuis longtemps, tant sur le plan vestimentaire que mental. Merci de ce beau post "psychofashion" en tous les cas, et surtout, merci d'avoir souligné l'anti républicanisme notoire de ces joyeux drilles.
Et toi, comment es tu tombée sur Longs Bras en Mohair ?
ps. Longue Vie à Mort aux Jeunes !

shiningrubis*** a dit…

Peltag réponse express :
Cher(e) Mirlaine,
un autre usager de la mode a attiré mon attention sur le blog Longs bras en mohair.
Pour les lecteurs de la Peltag qui ne le connaissent pas, vous pouvez lire un autre regard sur les Incoyables et les Meveilleuses ici .

Et oui, longue vie à la Mort Aux Jeunes.

Alizée a dit…

LE BLOND: DON'T!
C'est mignon tout ça mais qd tu es une vraie de vraie brune ben le blond c'est don't.
Pfff: châtain ça marche?